Courtcircuit: Une idée qui grandit

Dans son édition de la semaine dernière, LSA consacrait quelques pages aux circuits de ventes alimentaires « alternatifs »: amap, ventes directes des producteurs… Ces circuits apparaissent aujourd’hui plus dynamiques que la grande distribution sur des produits comme les fruits et légumes, les produits laitiers ou la viande.

La grande distribution commence à s’intéresser à ce phénomène et lance localement quelques initiatives de mise en valeur de petits producteurs locaux. Mais le fossé est encore grand entre les préoccupations des acheteurs des magasins ou centrales et celles des fournisseurs. Et ces derniers ont une bien mauvaise image des premiers.

L‘article est disponible ici (pour les abonnés au magazine). Un autre (plus ancien) sur le même sujet est en libre accès.

Le prix ne semble pas être la motivation pour les consommateurs de ces produits. Ils cherchent à donner un sens à leurs achats, sens social et environnemental mais aussi le goût de l’authentique, du traditionnel. C’est le commerce équitable local.

J’avais déjà participé à une initiative d’un centre Leclerc de la région Nancéenne au mois d’Octobre qui avait organisé un mini salon de l’agriculture dans son magasin avec des producteurs locaux. J’accompagnais un éleveur bovin rencontré à cet effet.

gaec de la source

Je continue mon chemin dans cette filière courte et serait le week-end prochain au Cora de Toul pour y vendre deux bovins issus de cette exploitation.

Le problème est qu’en l’état ce n’est pas viable.

  • Pour l’éleveur, le prix payé est à peine supérieur à celui qu’il aurait reçu d’un marchand de bestiaux. Mais l’investissement en temps est largement supérieur. C’est supportable pour une opération, mais pas de manière répétitive.
  • Pour moi, le vendeur, l’investissement en temps par rapport au résultat est très mauvais. Il est vrai aussi que les premières ventes sont plus chronophages que les suivantes, mais un élevage comme celui avec lequel je travaille ne peut fournir un volume suffisant pour que ce commerce devienne rentable en l’état.
  • Le magasin, lui, surpaye la marchandise du fait des coûts fixes élevés de la transformation de la viande eu égard au petit volume (transport, abattage, transformation…). Les circuits industriels ont tellement massifié les approvisionnement que le circuit court n’est pas compétitif. La différence se situe aujourd’hui pour dans notre cas entre 5 et 10 %.
  • Le client final devrait être content, il paiera sa viande le même prix que d’habitude, saura d’où elle provient et la qualité sera très certainement au rendez-vous (je prends des précautions, avec la viande on n’est jamais sûr à 100%)

Pour pouvoir pérenniser ces actions, il faut que le consommateur accepte de payer plus (rapporté à une barquette de viande, la différence ne sera pas forcément importante). Le consommateur « type » circuit court ne semble pas trop sensible à l’aspect prix, mais aura-t-il le même sentiment de confiance en grande distribution?

Mais surtout, à l’heure où le prix est l’argument de vente massue des distributeurs et où leur marges sont sous pression, il faut que les responsables de rayon acceptent d’augmenter les prix lors de ces opérations ou de diminuer fortement leurs marges (ce qu’ils savent très bien faire sur d’autres opérations promotionnelles).

A moins de changer la manière dont est vendue cette viande dans le magasin lors de ces opérations. En gros colis, comme la vente directe?

Et vous, qu’en pensez-vous?